Stress et travail

Les effets méconnus du télétravail sur ton stress

Aujourd’hui, j’ai décidé de te parler des effets négatifs du télétravail sur ton stress. Je veux être claire : mon but n’est pas de démoniser le télétravail. J’adore le télétravail, et je considère encore qu’il peut être extrêmement bénéfique pour beaucoup de gens. Mais force est de constater qu’il n’est pas parfait.

Alors parlons des mythes liés au télétravail et de la façon dont ils peuvent augmenter ton stress sans que tu t’en rendes compte.

1. « Je vais être plus productif »… vraiment?

On entend souvent que le télétravail permet d’être plus productif grâce à moins d’interruptions. Mais dans les faits, la culture de l’affairement est encore très présente. La culture de l’affairement, c’est cette idée que pour montrer qu’on travaille, on doit : envoyer plusieurs courriels par jour, être dans des réunions constantes, faire du multitâche, répondre immédiatement sur les messageries instantanées comme Teams. Ce type de travail, c’est ce qu’on appelle du travail de surface : un travail qui demande peu de concentration, mais qui donne l’impression d’être très occupé.

Pourtant, la vraie productivité vient du travail en profondeur : une seule tâche à la fois, qui exige un effort mental soutenu (comme écrire un rapport). Et même si on pourrait penser que le télétravail facilite ce type de travail, les notifications (courriel, messagerie) constantes viennent souvent briser ce rythme. Chaque « bing » qui apparaît coupe ton focus et fragmente ton attention.

Le mythe du multitâche

Savais-tu que ton cerveau ne peut pas faire du multitâche? En réalité, il passe simplement d’une tâche à l’autre, ce qui lui demande énormément d’énergie. À chaque transition, il décroche d’une tâche pour se rattacher à la suivante, et ce processus répétitif le fatigue rapidement, augmente les erreurs et crée du stress. Et lorsqu’on interrompt un travail en profondeur, il peut prendre jusqu’à 23 minutes avant de revenir au niveau de concentration initial. Imagine alors l’épuisement quand tu es dérangé plusieurs fois par heure.

2. Les interruptions à la maison : un piège inattendu

À la maison, la frontière entre le travail et la vie personnelle est plus floue. Ton environnement est rempli de rappels de choses à faire : un formulaire à remplir, un rendez-vous à prendre, un panier de linge à plier. Il devient très facile de mettre ton travail sur pause pour régler « une petite chose » que tu ne veux pas oublier, mais chaque fois, ta concentration se brise.

S’ajoutent ensuite les interruptions que tu crées toi-même, presque sans t’en rendre compte. Regarder tes réseaux sociaux, allumer la télé quelques minutes, répondre à un ami, jouer sur ton téléphone… toutes des choses que tu ne ferais probablement pas au bureau, mais auxquelles tu as accès constamment à la maison. La tentation est plus grande et la discipline demande beaucoup plus d’énergie. Tout cela fragmente ton attention et augmente ton stress.

3. La fatigue virtuelle : pourquoi tu sors vidé(e) de tes réunions

La fatigue virtuelle est ce sentiment d’être épuisé mentalement après une journée de rencontres en ligne, parfois accompagné de maux de tête, d’irritabilité, de tristesse ou même de colère. L’un des mécanismes derrière cette fatigue est ce qu’on appelle l’effet de l’ascenseur.

Imagine-toi coincé dans un ascenseur rempli d’inconnus. Spontanément, tu baisses les yeux ou tu regardes ton téléphone pour te « protéger ». Mais en visioconférence, impossible de faire ça sans paraître distrait. Tu dois regarder l’écran, donc les visages, comme si ces personnes se trouvaient très près de toi. Ton cerveau interprète cette proximité forcée soit comme une demande d’intimité, soit comme une menace — deux situations qui augmentent ton stress. Et lorsque tu enchaînes les réunions, ton cerveau n’a tout simplement plus le temps de récupérer.

4. L’isolement social : l’ennemi silencieux

Durant la préhistoire, il était très important pour les humains d’évoluer en groupe, c’était une question de survie. Aujourd’hui, le sentiment d’appartenance renforce la cohésion, augmente le moral et diminue les hormones de stress. Le télétravail, malheureusement, réduit les moments d’échanges spontanés.

Les discussions informelles, les pauses communes, les dîners partagés — tous ces petits moments qui créent du lien — disparaissent ou se transforment en conversations rapides (et droit au but) par messagerie. En réunion virtuelle, on se lance directement dans l’ordre du jour. Il n’y a plus cette transition naturelle où on demande comment va la famille, comment s’est passé la fin de semaine ou si la personne a essayé un nouveau resto. Cette perte d’humanité réduit la cohésion et affaiblit notre capacité à gérer le stress.

5. Comment réduire ces effets négatifs?

Selon les recherches, l’idéal serait que les organisations planifient des moments précis pour le travail de surface, c’est-à-dire es réunions, les échanges et les collaborations, idéalement en présentiel. Cela augmenterait la cohésion et réduirait l’isolement. Dans un deuxième temps, elles doivent aussi réserver des plages strictes pour le travail en profondeur (télétravail), des périodes durant lesquelles personne n’a le droit d’envoyer de courriel ou de message, afin de protéger la concentration de chacun.

En attendant que les entreprises adoptent ces pratiques, tu peux déjà agir de ton côté :

  • planifie ta plage de travail profond (ex. : 1 heure sans boîte courriel, sans messagerie et surtout sans ton cellulaire);
  • choisis à quel moment de la journée tu fais ton travail de surface;
  • recrée des moments d’échanges sociaux, même virtuels;

Conclusion

Le télétravail n’est pas l’ennemi. Ce sont les interruptions fréquentes, la fatigue virtuelle, l’isolement social et la culture de l’affairement qui viennent gruger ton énergie et augmenter ton stress. En apprenant à distinguer travail de surface et travail en profondeur, en protégeant ton attention et en recréant des liens humains, tu peux transformer complètement ton expérience du télétravail.

Avec quelques ajustements, le télétravail peut redevenir ce qu’il est censé être : une source de flexibilité, d’autonomie et de bien-être — et non une source supplémentaire de stress.

Source : Sonia Lupien, Le stress au travail vs le stress du travail, Éditions La Semaine.

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